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« La vie, c'est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l'équilibre. »
Plusieurs somatisations successives chez un même patient bouleversent et transforment son équilibre psychosomatique. À l'aide d'un cas clinique et dans les suites du congrès, il me paraît nécessaire de repenser les liens « psyché-soma » en liens « corps-psyché » en recherchant la complexité des connexions.
Paule a 55 ans lorsqu'elle vient me voir pour la première fois, sur les conseils de ses médecins. C'est une petite femme grise et sèche qui se révèle méticuleuse, perfectionniste. Pointilleuse, exigeante envers les autres comme envers elle-même, elle vit seule et a peu ou pas d'amis.
Elle souffre d'une maladie auto-immune à auto-anticorps qui détruit progressivement sa vessie : celle-ci se rétrécit inexorablement, saignements et douleurs sont quotidiens. Il n'y a pas d'autre traitement que des soins de confort, notamment des antidouleurs et une hygiène de vie particulière qui va devenir bien vite une règle de vie. Les médecins, dont elle se plaint et souligne « l'incompétence », n'ont fait le diagnostic qu'après une dizaine d'années de longues explorations et multiples examens médicaux.
Paule fait partie d'une famille de militaires, de résistants, dénoncés, fusillés : dignité et honneur sont au centre des valeurs patriotiques de la famille. Blessé lors de la guerre d'Indochine, son père, rentre chez lui, déclaré invalide. C'est alors que va naître la petite Paule et elle restera « exclusivement avec lui pendant huit années de bonheur », dit-elle.
C'était avant la naissance de ses trois sœurs.
La mère est très absente, tant dans les souvenirs de Paule (c'est elle qui travaille)… que dans les séances. Enfant thérapeute de son père, elle dit : « Je n'ai jamais été petite… »