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« Si je lis, si j'achète des livres et que je les dévore, ce n'est pas par plaisir intellectuel - je n'ai pas de plaisir, je n'ai que faim et soif -ni par appétit de connaissances, c'est par une sorte d'astuce inconsciente, que je viens de découvrir en moi. »
Le récit d'un cas d'anorexie précoce est à l'origine d'une réflexion autour de la question de l'homéostasie somatopsychique : Mimi est hospitalisée à 11 mois à la suite d'un refus alimentaire survenu à l'âge de six mois après un sevrage brutal du sein. La gravité de son état nécessite le recours à une alimentation par une sonde rhino-gastrique qui sera associée à une sucette afin de préserver le « plaisir lié au suçotement », autrement dit la prise en charge conjugue la présence simultanée de deux bouches, l'une obéissant au principe de réalité et l'autre au principe de plaisir. Nous sommes devant une situation prototypique d'une maladie psychosomatique qui associe un trouble profond de l'autoconservation à une autodestruction rattachée au travail de la pulsion de mort. Le déplacement du conflit lié à la relation précoce mère/enfant sur le comportement alimentaire est à l'origine d'une perturbation dans la mentalisation et pose la question du développement prématuré d'un moyen de défense évitant le deuil de l'objet primaire et sa différenciation à travers « le passage de la bouche vide de sein à la bouche pleine de mots »1.
La mise en place d'une sonde est directement liée à l'autoconservation qui implique un ensemble d'activités corporelles et biologiques nécessaires au maintien de la vie. Ouverte, sur la réalité et donc sur l'objet avant même qu'il n'y ait eu la séparation mère/bébé, elle origine le principe de réalité sous la dépendance de l'objet alors que le principe de plaisir lié aux pulsions sexuelles implique un repli sur des satisfactions autoérotiques puis narcissiques. La coprésence de ces deux « bouches » nous semble une représentation métaphorique des versants