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« Comment pourrait-on échapper à ce qui jamais ne se couche ? »
« Entre psyché et soma » m'a évoqué ces mots de Winnicott qui modifient notre conception du psyché-soma : « Au début il y a le soma, puis il y a la psyché qui, peu à peu, s'ancre dans le soma ; un troisième phénomène apparaît tôt ou tard, dont le nom est intellect ou esprit. » Le psychisme est défini par Winnicott en des termes identiques à ceux qui définissent la pulsion : « Élaboration imaginaire de parties, de sensations et de fonctions somatiques, c'est-à-dire une pleine conscience physique. »1 Winnicott considère que l'esprit n'existe pas en tant qu'entité : « Fioriture sur la crête du psyché-soma […], l'esprit n'est rien d'autre qu'un aspect particulier du fonctionnement du psyché-soma. » Mais si la psyché est « séduite » par l'intellect, elle perd ses liens avec le soma et c'est la dissociation psyché/soma qui est parfois à l'origine de troubles psychosomatiques.
Je me suis demandé ce qui pouvait préfigurer, dans les poèmes homériques, la tripartition psyché, soma et esprit, avant l'avènement de « l'homme moderne ». Comment concevoir le psychisme du sujet « archaïque » préexistant à celui du sujet de la tragédie grecque ?
Formuler des hypothèses nécessiterait une tâche dépassant mes compétences. Je soulignerai quelques éléments de la langue d'Homère qui semblent préfigurer l'avènement d'un sujet ayant conscience de lui-même, unique et semblable aux autres. Il n'y a pas de mot désignant l'âme, l'esprit, le psychique, ni de représentation du corps unifié chez Homère. Trois entités distinctes psyché, thymos et noos préfigurent l'âme selon le philologue Bruno Snell2.
Psyché, souffle3 vital, qui maintient l'homme en vie nous paraît proche du sentiment d'être en vie et de n'avoir qu'une seule vie, incarnant le bien le plus précieux. Dans l'énoncé « Une seule psyché l'habite il est mortel » (Iliade, 21, 569), il y a la notion d'un ancrage de psyché qui insuffle la vie dans le corps :