You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
L'histoire clinique que je voudrais décrire et commenter après coup est celle de ma relation de vingt-cinq ans, avec une mère, sa fille Dominique et les hamsters de celle-ci. J'étais à l'époque leur médecin traitant. L'analyste que je suis devenu garde à l'esprit « cette expérience relationnelle » particulière dans la manière actuelle de conduire le travail analytique avec des sujets relevant d'un trouble identitaire narcissique.
Les deux femmes vivaient dans un appartement exigu en compagnie d'une colonie de 80 hamsters répartis dans une dizaine de cages dites familiales. Je serai tout d'abord, pendant environ quatre ans, le médecin de la mère, une femme de 50 ans, gérante d'un bureau de tabac et dont l'état de fatigue chronique avait déjà découragé plusieurs médecins, somaticiens et psychiatres. Malgré l'échec de mes traitements, malgré sa haine du monde et des hommes en particulier qu'il ne m'était pas facile de supporter, il s'établira entre nous une relation de confiance que j'aimerais appeler « transfert de base ». Comme à mon insu, je serais amené à partager avec cette femme hantée par l'échec de son mariage, sa perplexité concernant l'activité quotidienne de sa fille, à me laisser convaincre que cette dernière pouvait être la cause unique de son malêtre, et finalement à accepter cette jeune femme comme patiente. Acceptation que j'ai longtemps différée en raison du paradoxe qu'elle imposait à tout médecin consulté : traiter un asthme sévère et invalidant dont la cause, clairement démontrée par des tests médicaux, se trouvait dans le pelage des animaux dont elle prenait soin chaque jour durant plusieurs heures. Cette causalité médicale était absolument récusée par elle, sous le prétexte que son but était de sauver