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« De l'éprouvé psychique à son énoncé discursif, du vécu fantasmatique à sa fiction, un double mouvement s'opère : l'un tend à l'abolition de ce qui fait l'esprit du fantasme, son pouvoir hallucinatoire ; l'autre tend à sa reprise dans ce qui est l'inspiration de la langue, sa puissance évocatrice. »
« Être là », avait-elle dit. Les mots insistaient en moi. À ma question, en réaction à un énoncé de sa part : « Comment comprenez-vous le travail de l'analyste ? » Elle avait répondu : « Être là. »
Si par son contenu manifeste cette réponse est, à bien des égards, appropriée, elle m'avait cependant déconcertée. Mieux que bien des choses que ma patiente m'avait dites jusqu'à ce jour, ces deux mots, à eux seuls, condensaient la façon dont elle vivait ma présence. Mon saisissement, toutefois, provenait de l'écart entre ce qui était pour moi le être-là-de-l'analyste, et ce qui s'était mis en place dans le transfert.
Ponctuelle, courtoise, payant scrupuleusement des honoraires qui grevaient son budget de pauvre, ma patiente venait fidèlement à ses séances, corporellement présente, mais le plus souvent dans ce qui m'apparaissait être une sorte de stérilisation de l'être. En fait, le premier qualificatif qui me viendrait, pour dépeindre la teneur de cette présence, serait celui d'inertie. L'inertie, ce caractère physique de la matière. L'inertie, comme l'expression particulière du mode de résistance à l'analyse dans ce cas clinique, ai-je longtemps pensé.
« Être là », c'était bien en effet la forme de fidélité d'une nature bien particulière qui s'était développée avec moi dans la cure. Un être là qui était pour ma patiente un devoir d'être que je décrirais ainsi : vivre dans la proximité physique d'une mère que nul ne semblait pouvoir rejoindre. La présence d'un enfant figé aux côtés d'une mère inatteignable.