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Selon la théorie psychanalytique, il est habituel de penser la relation du moi à la réalité en termes d'ajustement ou d'adaptation. Le moi que l'on dit pleinement développé aurait renoncé au principe de plaisir et l'aurait remplacé par le principe de réalité. Ce moi ne suivrait pas le chemin direct de la satisfaction pulsionnelle, sans égard pour les conséquences ni pour les exigences de la réalité, pas plus qu'il ne s'abandonnerait à la réalisation hallucinatoire de ses désirs. Il se soumettrait plutôt à l'épreuve de la réalité extérieure, pensant et agissant en conformité avec elle, ajustant ses pensées et ses actions aux demandes de cette réalité. Cette façon de concevoir le rapport entre moi et réalité présuppose un antagonisme fondamental qui doit être résolu ou surmonté d'une façon ou d'une autre si l'on veut rendre possible la vie dans cette réalité.
C'est ainsi que dans « Le moi et le ça », Freud désigne le moi comme « un être de frontière » qui cherche à « faire l'intermédiaire entre le monde et le ça, rendre le ça docile au monde et rendre le monde, par le moyen de ses actions musculaires, conforme au souhait-du-ça »2. Nous savons que, dans sa première conception du moi, Freud avait fait de ce dernier l'instance défensive du refoulement dans l'appareil psychique. Ce n'est que plus tard qu'il a insisté sur la fonction synthétique du moi. Il parle alors du moi comme d'« une organisation qui se distingue par un effort très remarquable d'unification, de synthèse »3. Toutefois, il a tendance à considérer cette fonction synthétique elle-même comme une défense. Dans « Le moi et le ça », il décrit de façon saisissante le rôle malheureux du moi, coincé entre le ça et le monde extérieur (et le surmoi), tentant de trouver des compromis et de satisfaire ces différents maîtres tout en se défendant de son mieux contre leurs nombreuses demandes. Pour Freud, la reconnaissance de cette fonction défensive du moi n'a jamais cessé de jouer un rôle prédominant dans sa conceptio