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Nous devons être reconnaissants au comité de rédaction de la RFP pour son initiative destinée à clarifier le domaine souvent un peu flou des entités nosologiques intitulées « états limite ».
Dans la préhistoire d'une pensée psychanalytique chargée pourtant des plus riches développements dans bien des registres, on ne s'embarrassait guère de différenciations de l'ordre de la psychopathologie clinique. Nombre de psychiatres de culture germanique s'intéressaient surtout aux distinctions à établir entre les différentes formes de psychoses. Freud, choisissant une autre voie de recherche, suivait tout d'abord les vues de Charcot qui ne voyait partout que des « hystériques ». Bien qu'ayant reçu les conseils de nuances prodigués par Bernheim, Freud risquait donc, au début de sa pratique, de ne voir que des « névroses » pour illustrer ses géniales découvertes sur l'Œdipe et la sexualité, le rôle de l'Inconscient et les conflits émaillant toute psychogenèse.
Cependant, peu à peu, il acceptait de discuter des conséquences de cette autre découverte capitale sur laquelle il restait curieusement trop discret: le rôle joué très précocement par les aléas du courant affectif et pulsionnel de nature narcissique; courant autocentré en fréquente opposition avec un courant sexuel vraiment objectalisé. Il lui fallut tout un temps pour accepter les découvertes de K. Abraham sur l'évolution prégénitale obligatoire et si déterminante chez l'enfant.
À la génération suivante, un certain nombre d'analystes considéraient, d'un point de vue clinique tout autant que théorique, qu'il paraissait difficile de réduire la pathologie mentale à une distinction entre « névroses » et « psychoses ». De même qu'il semblait bien utile de se rapporter à une définition plus restrictive de la notion de « névrose ». Peu à peu, l'hypothèse de l'existence d'« états limite » prenait corps. Restait encore un souci différentiel à apporter à cette entité nouvelle. Dans la seconde moitié du siècle