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« Le sujet ne se délivre jamais de sa projection narcissique sur l'objet, toutefois celle-ci ne fait plus écran parce que l'œil s'en est détaché et regarde ses projections du dehors (en pouvant s'interroger sur leur origine projective, quelle que soit la valeur de connaissance de la projection). »»1
Il m'est arrivé à plusieurs reprises, au cours de cures de patients limite, ces « cures compliquées » selon Pierre Fédida, d'être dans une impasse lors de moments de crise où mes repères théoriques me firent défaut, et dans la confusion où j'étais alors, de trouver pour seule issue, en une tentative désespérée pour donner du sens à l'agieren du transfert, de fournir en urgence une construction. À mon grand étonnement, ce fut pertinent. C'est dans l'après-coup que j'ai pu y réfléchir. J'évoquerai deux moments cliniques féconds, dont la particularité est de concerner l'identification narcissique quand sa fixité empêche le processus de différenciation de soi et de l'autre. Et donc freine le développement de l'autoérotisme psychique, par l'appauvrissement du déploiement fantasmatique. « Chez les adultes présentant une personnalité limite, tout se passe comme si la sexualité infantile inconsciente, celle qui travaille dans le rêve (comme dans le transfert) et l'activité psychique inconsciente, ne jouait pas son rôle pour contrôler et intégrer l'ambivalence pulsionnelle primaire. »2 Les affects ne sont pas tempérés, ils oscillent de l'amour-passion à la haine brûlante, car ils reflètent un clivage primaire de l'objet fantasmatique. La face hostile de l'ambivalence ne permet pas d'étayer le narcissisme en constituant les distinctions des mondes interne et externe.
Quand on évoque l'état limite, on l'associe à la fragilité narcissique et à la polyvalence symptomatique. C'est une considération descriptive, qui implique