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La scène se passe à Leyde, aux Pays-Bas, en août 1910. Freud, contre ses habitudes, passe ses vacances en Hollande. D'habitude, il préfère la montagne. Contre ses habitudes également, il cède aux pressions de Gustav Mahler et accepte de le rencontrer pendant ses vacances, période qu'il déteste interrompre pour un rendez-vous professionnel. Mais il ne peut refuser un entretien à un homme de la valeur de Mahler. Ernst Jones rapporte que par trois fois Mahler envoya un télégramme pour annoncer son arrivée puis un autre pour la décommander. Il commente : « Mahler, atteint de névrose obsessionnelle, souffrait de la folie du doute. »2
La rencontre entre ces deux Juifs viennois se fait donc en Hollande. Ils déambulent pendant quatre heures dans la ville, temps pendant lequel « ils pratiquèrent une sorte de psychanalyse », écrit Jones. Ce fut leur unique rencontre. En 1910, Freud a cinquante-quatre ans. Il est loin d'avoir écrit la partie la plus importante de son œuvre, mais il commence à sortir de son isolement. Il était allé, l'été précédent, en compagnie de Jung et de Ferenczi, présenter aux États-Unis des conférences d'introduction à la psychanalyse. En 1910, l'Association internationale de psychanalyse est créée sur la proposition de Ferenczi, et Freud vient de publier (mai 1910) son étude sur Léonard de Vinci à laquelle il tenait par-dessus tout. En même temps, toujours persuadé qu'il devait mourir jeune et estimant son mariage « amorti », Freud se sent vieux, beaucoup plus vieux sans doute que Mahler dont il est pourtant presque contemporain.
Car Mahler a alors cinquante ans. Mais nul ne pouvait savoir que Freud allait vivre jusqu'en 1939 et que Mahler devait mourir quelques mois plus tard, en mai 1911, à Vienne, après être rentré gravement malade de New York oú il avait été appelé depuis janvier 1908 à la direction du Metropolitan Opera. En 1911, Vienne était prête à accueillir Mahler en héros et à lui redonner, en tant que directeur d'opéra, des pouvoirs accrus3. Tr