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La formule de Freud, tant de fois reprise pour définir la projection, semble nous avoir fait oublier l'argumentation qui l'a précédée. En effet, avant d'écrire : « Il n'était pas juste de dire que le sentiment réprimé au-dedans fût projeté au-dehors ; on devrait plutôt dire, nous le voyons à présent, que ce qui a été aboli au-dedans revient du dehors », Freud a insisté sur la perte d'objet qui déclenche le processus. Isolée de son contexte, la formule que nous venons de rappeler prend une allure phénoménologique, donne du processus de la projection l'idée d'un phénomène passif, quasi météorologique, alors même que Freud vient d'insister sur le fait que c'est l'appareil psychique du patient qui se lance dans un effort de guérison, que c'est lui, le patient, qui a d'abord détruit le monde en lui retirant son investissement. Il faut considérer que l'apparition du délire résulte du sort fait à cette énergie désinvestie. La parenté entre paranoïa et mélancolie est explicite dans ce que dit Freud :
« L'étude d'un certain nombre de cas de délire de persécution nous a conduits, moi ainsi que quelques autres investigateurs, à cette idée que la relation du malade à son persécuteur peut se ramener dans tous les cas à une formule très simple. La personne à laquelle le délire assigne une si grande puissance et attribue une si grande influence et qui tient dans sa main tous les fils du complot est - quand elle est expressément nommée - la même que celle qui jouait, avant la maladie, un rôle d'importance égale dans la vie émotionnelle du patient. »
C'est la perte du lien à cette personne qui déclenche le phénomène, la perte d'objet est le point commun entre mélancolie et paranoïa. Dans les deux cas, « la fin du monde est la projection de cette catastrophe interne, car l'univers subjectif du malade a pris fin depuis qu'il lui a retiré son amour » ; fin du monde autant dans la paranoïa que dans la mélancolie oú peut apparaître de surcroît un syndrome de Cottard : un délire de l'absenc