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« Et la terre, et le fleuve, et leur flotte, et le port, sont des champs de carnage où triomphe la mort.
Ô combien d'actions, combiens d'exploits célèbres sont demeurés sans gloire au milieu des ténèbres où chacun, seul témoin des grands coups qu'il donnait, ne pouvait discerner où le sort inclinait… »
J'ai toujours été fascinée, lors de mes diverses rencontres avec des collègues psychanalystes étrangers, par leur capacité à se projeter dans l'avenir. Quand il y en avait un parmi eux qui me proposait un projet en commun, il était généralement surpris de m'entendre dire « on verra… c'est à confirmer » ; il prenait ma réponse pour un faux-fuyant alors que j'avais montré au départ un enthousiasme passionné. Je me suis rendue à l'évidence que nous vivions différemment la projection dans le temps. L'un - lui - était dans la constance d'un temps rythmé par le prévisible, l'autre - moi - étant prise par l'imprévisibilité d'un espace-temps à la merci de l'inattendu traumatique - la guerre. Une guerre peut se déclencher à tout moment, quand elle n'est pas continue comme elle l'a été pendant quinze ans et demi. Comme si la guerre était ordinairement là et que nous vivions dans un traumatisme permanent, indéfiniment en sursis.
Mon propos n'est pas la clinique du traumatisme. Ni de la temporalité. Mais un questionnement sur le travail de l'analyste quand il vit dans un contexte où l'imprévu commande. L'impromptu qui vient du monde extérieur rend souvent sa tâche difficile, voire même incompatible avec les invariants de la possibilité d'une cure. Que devient le cadre analytique quand il est soumis à l'imprédictible ? Comment protéger l'invariance du cadre quand il est constamment