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Notre société vit d'importants bouleversements du couple et de la famille. C'est involontairement que je me suis trouvée confrontée aux changements dans les filiations. J'étais motivée, à l'origine, par la souffrance des patientes atteintes de stérilité et l'aide que réclamaient les services médicaux devant certaines évolutions contredisant leur désir d'enfant. Celles-ci se montraient incompréhensibles tant que l'on ne prenait pas en compte la part psychique de la reproduction. Mais, parallèlement au progrès que je faisais dans la compréhension de la stérilité féminine, je me suis sentie, à travers mes patientes, progressivement confrontée à une forte évolution des mœurs.
Que les couples homosexuels cherchent aujourd'hui à adopter des enfants, voire à les concevoir par insémination avec donneur (IAD), ce qui inquiète beaucoup d'analystes français, n'est que l'aboutissement d'une série de changements de la famille dans lesquels la procréatique n'est pas la seule cause.
La société a connu depuis cinquante ans une évolution impressionnante :
— il y eut d'abord la possibilité de divorcer malgré le désaccord de l'un des conjoints et en l'absence de faute, véritable ébranlement de l'institution du mariage, devenu ainsi simple contrat temporaire. Les familles se recomposèrent et la multiparentalité se développa, dans les faits, en l'absence de statut juridique pour les acteurs qui ne sont pas les deux parents d'antan ;
— la contraception fut une grande mutation dissociant sexualité et reproduction. C'est maintenant la femme qui contrôle la fécondité, relevant jusque-là du bon vouloir des hommes. Cette bascule représente une étape importante dans le bouleversement de l'équilibre du couple ;
— le droit à l'avortement conforta ce pouvoir féminin, faisant enfin prévaloir la volonté de la mère sur le « respect des droits de l'enfant à naître », qui primait auparavant ;
— l'obligation de reconnaître la paternité lorsqu'elle est pro