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Depuis une ou deux décennies, un mot du vocabulaire courant a fait son entrée et s'est considérablement répandu dans le vocabulaire du psychiatre, et même du psychanalyste : la fragilité. Telle personne est « fragile » ; telle autre est « fragilisée » par tel événement ou période de la vie, par telle circonstance de sa vie affective, familiale ou professionnelle ; certains facteurs ou événements sont « fragilisants », entraînent une « fragilisation », individuelle ou collective, dans la famille comme dans l'entreprise.
Qui est « fragile » ? La psychiatrie répond bien sûr qu'il s'agit du sujet, de la personne, de l'individu. Mais en métapsychologie, une telle entité n'existe pas. La « personnalité psychique » est toujours « décomposée », pour reprendre la terminologie que Freud (1933) utilise dans la XXXIe leçon de sa nouvelle série de conférences d'introduction à la psychanalyse. Si fragilité il y a, elle concerne une (ou plusieurs) formations psychiques, ou encore les liens que celles-ci entretiennent entre elles, dans leur équilibre dynamique. L'impression clinique générale - celle d'une fragilité de l'« individu », de la « personne » dans son ensemble - conduit évidemment à l'hypothèse que la formation psychique affectée par cette « fragilité » serait, en termes psychanalytiques, celle du « moi » ; il s'agirait donc, à strictement parler, d'une « fragilité narcissiqu. », si le terme de narcissisme désigne bien ce qui, de la libido, concerne plus particulièrement le moi, sa structure, son organisation, ses fonctionnalités. L'usage actuel du terme de « fragilité » confirme cette hypothèse : ceux qui parlent de « fragilité » se reconnaissent effectivement dans cette précision