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Dans l'œuvre de Winnicott publiée de son vivant, le concept d'être apparaît explicitement vers 1966 ; Winnicott a alors 70 ans. Jusque-là, l'idée est évoquée de temps à autre, mais sans aucun développement explicite. Le principal texte dans lequel Winnicott traite plus précisément de ce sujet se trouve dans son livre posthume, La Nature humaine, formé suivant le plan de deux synopsis ; le premier est daté de 1954 et le second, très différemment arti-culé, a probablement été écrit vers 1967. Ainsi, comme l'Abrégé de Freud, l'ouvrage est resté inachevé, comme si l'auteur n'avait pas été tout à fait satisfait du résultat de son vaste tour d'horizon. La Nature humaine est toutefois un livre important auquel les psychanalystes se réfèrent souvent et dans lequel Winnicott fonde un bon nombre de ses concepts.
C'est dans le chapitre V, intitulé « Un état primaire de l'être : les stades préprimitifs », qui fait partie du projet de 1954, que l'on trouve des explications intéressantes. Winnicott y présente l'une de ses hypothèses les plus constantes. Au début, il y a un état de non-intégration. On ne peut en fait observer directement l'état de l'être, mais seulement le déduire de l'état du nourrisson.
La principale caractéristique de cet état primaire est une continuité de l'existence. Cela laisse supposer que la naissance de l'enfant interrompt cette continuité établie lors de la vie intra-utérine et que celle-ci reprend dans les stades les plus précoces de la vie.