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Le titre choisi pour ce numéro, consacré à la place de la mort à l'adolescence, « Et la mort ? », nous introduit d'emblée à la variété des abords envisageables, à commencer par l'anachronisme apparent de cette question, puisqu'elle suggère que l'on aurait pu l'oublier.
Anachronisme dans la mesure où l'adolescence est considérée comme l'âge de tous les possibles, et donc de tous les commencements. Pourtant, on sait aussi combien l'idée du suicide, sa tentation, tentative, voire parfois son accomplissement sont propres à ce moment du développement. Mais on reconnaît également que ces conjonctures sont parfois le passage critique nécessaire pour la reprise vitale d'une évolution en panne.
C'est que la présence de la question de la mort dans ces adolescences « en souffrance » aura à être entendue dans son articulation avec les deux problématiques propres à cet âge : l'émergence pubertaire et la séparation. L'idée de la mort peut ainsi représenter tant un recours contre la menace effractive du débordement pulsionnel qu'une délimitation pour le sujet d'avec un objet envahissant. Elle fait accéder l'adolescent aux questions dernières de la condition humaine, de plain-pied avec le monde des adultes (il oblige souvent alors à ce qu'« on le prenne [enfin] au sérieux »), monde des adultes dans lequel la représentation de la mort conditionne elle-même les fondements du lien social.
Il nous semble que ces différents enjeux vont apparaître dans la grande diversité des 17 articles proposés.
Leur articulation nous est permise par le premier et le dernier d'entre eux (respectivement, « Précarité et vulnérabilité identitaires à l'adolescence », par René Roussillon, et « Stratégies d'immortalité », par Alexandra Triandafillidis) qui ouvrent et concluent ce numéro de manière particulièrement éclairante.