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« Tout dans le domaine de cette première liaison à la mère m'est apparu difficile à saisir psychanalytiquement, blanchi par les ans, pareil à une ombre, à peine susceptible d'être rendu à la vie, comme si cela avait succombé à un refoulement inexorable. »
Au départ, peut-être, l'aveu de Freud dans une lettre à Fliess1 d'avoir vu sa mère nue. Il avait entre deux ans et deux ans et demi : origine, fragment, ébauche d'une histoire du maternel ? La psychanalyse a bâti sa théorie sur une involution questionnante, un peu à la manière des enfants pour qui la réponse aux pourquoi n'arrête pas la poursuite de l'interrogation et, loin d'y mettre un terme, ne fait que renforcer l'insistante question de la causalité et de ses enchaînements. La psychanalyse, au carrefour donc d'une chaîne questionnante infantile et d'une démarche scientifique, rencontre de la réalité psychique et de la construction théorique qui laisse toujours présente, intouchée l'énigme fondamentale du maternel. Étrangement dispersées, brèves, et significatives par leur brièveté même, sont les références de Freud au maternel, ou plutôt leur émergence, car le fil court tout au long de son œuvre, dans l'ombre. Et si le maternel lui- même n'était qu'une ombre qui dérobe à nos sens son corps véritable ? C'est que du maternel, la nature véritable reste à jamais inconnaissable, si ce n'est à travers l'imaginaire, tant il s'apparente au mystère des origines. C'est à un fond mythologique, religieux ou encore poétique, littéraire, qu'il faut puiser pour dire l'inapprochable, l'insaisissable du maternel. Face idéalisée d'un maternel lointain, dont l'autre face, sauvage, articulée à la féminité, suscitant excitation, peur ou effroi, se tient le plus souvent cachée.