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Avant de proposer quelques points à la discussion, je voudrais avant tout, chère Liliane Abensour, saluer l'audace de votre rapport. Tout d'abord en ce que, de part en part, il répond d'un paradoxe : le creuset de notre prise sensorielle sur le monde est ce qui par excellence « se dérobe à nos sens ». Ni assignable à un temps, ni référable à un objet, le maternel ne peut se confondre avec la maternité. En ce sens, il est un ombilic pour la pensée et pour nos théories : un ombilic qui attire et passionne la construction de la « prime origine », mais qui ne saurait être saisi autrement qu'à travers les formes et les déformations que ce noyau psychique impulse.
De plus, vous ne tentez pas de vous affranchir de l'épineuse question posée par l'écart entre le maternel excitant et la fonction maternelle. Cet écart, vous le creusez au contraire, avec pour outil le sexuel. Soit : la mère est une femme. Mais vous en dites un peu plus en inscrivant le féminin maternel dans le destin de l'espèce. Vous dites que les mères sont comptables de ce maillon qui inscrit dans le programme du devenir-femme le devenir-mère. Ce faisant, vous remettez au travail le décalage entre instinct et pulsion : l'animal-homme possède, comme toute espèce, le stock constitutif de la sexualité instinctuelle (Freud, 1939 a, p. 197) ; et le devenir de l'infans comme le devenir- mère s'enracinent dans cet « état de nature ». Le tout premier mouvement d'humanisation, le traitement de cet héritage animal, a par conséquent pour cible initiale la relation au corps maternel.
Vous prenez ici Freud au mot, qui fait du renversement du plaisir en dégoût le tout premier modèle du refoulement, ordonné à la « verticalisation » de l'humain. Un renversement qui détermine la fonction des « sens de la conscience » lorsque celle-ci se détourne « du souvenir qui pue », comme le