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La distinction entre le religieux, au sens de sentiment religieux, et le religieux comme relevant d'une religion est une distinction essentielle de la réflexion de Patrick Merot. Le sentiment religieux relève de la religiosité et non de la religion, renvoie à un déterminisme individuel, alors que « la religion » est un édifice socioculturel qui canalise, utilise, voire exploite, l'aptitude des hommes au sentiment religieux, qui joue de cet « incroyable besoin de croire » évoqué par Julia Kristeva. L'espace de la religion, à laquelle on se soumet au prix d'un pari à la Pascal, n'est pas l'espace psychique individuel, intime lieu de la foi bienheureuse et du mysticisme : c'est un lieu culturel de soumission collective. Dès lors, il n'est pas si certain que la conception du religieux, illustrée par Patrick Merot, s'oppose à la conception des religions avancée par Freud laquelle donne le pas à la dimension paternelle. Quant au terme de trace utilisé - « la trace du maternel dans le religieux » -, ne s'agit-il pas d'un terme trop discret ? « Le maternel », tel que le propose cette conception, n'est pas seulement une trace mais constitue en fait le cœur même du sentiment religieux.
C'est le cas par exemple, chez Auguste Comte, dont le sentiment religieux à partir duquel il déclare fonder « la religion de l'humanité », place l'idéal maternel au cœur de son système : « […] Le culte positif érige le sexe affectif en providence morale de notre espèce. Chaque digne femme y fournit habituellement la meilleure représentation du vrai Grand Être. »