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« Ma maman » dit une patiente chaque fois qu'elle parle de sa mère, exprimant son amour inconditionnel et plein de haine. Plusieurs années de cure avant qu'elle ne découvre cette confiance infantile dans l'appropriation de ses autoérotismes ouvrant à la subjectivation à travers les mouvements complexes de projection et d'introjection. Elle peut alors se distancier, s'autoriser à devenir sujet, un sujet sexué, et lorsqu'elle évoque sa mère, elle peut désormais dire « ma mère », tandis qu'à travers le déploiement des jeux identificatoires, elle découvre le désir potentiel de devenir une maman.
Le maternel n'est pas l'apanage des mères, certes, son ancrage se fait dans un nécessaire environnement familial et culturel. Indissociable d'une présence paternelle, le maternel comme fonction peut être relayé mais le lien à la mère, aussi bien physique que psychique, est et reste unique. Il est impossible d'y échapper, assignation ou création, il est également primordial de s'en déprendre, et c'est un travail qui n'a jamais de fin.
Au-delà de toute occurrence métapsychologique, « le maternel » questionne cette place si complexe de la mère, sa fonction primordiale dans l'émergence de la vie psychique, tandis que s'impose la problématique de l'originaire dans ses diverses acceptions. L'originaire, avec son préfixe allemand ur, désigne certainement ce qui est à l'origine mais contient dans l'œuvre freudienne l'idée d'un processus et se greffe sur de nombreuses notions. Il concerne ce qui s'inscrit dans l'émergence et la différence du moi et du non-moi, ce qui donne naissance à la représentation dans sa potentialité signifiante. Ne peut-on le penser comme le point nodal de la naissance de toute réalité psychique en particulier en séance, engendré et légitimé par l'après-coup, temps primordial de tout processus de création ? L. Abensour, avec L'ombre du maternel, déplie