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« Trois vieux amis comparent leurs souvenirs. “Moi, je me souviens quand je tétais le sein de ma mère”, dit l'un. “Moi, je me souviens quand j'étais dans son ventre”, dit le deuxième. “Et moi, dit le troisième, je me souviens quand j'étais une lueur dans l'œil de mon père regardant ma mère.” »
Ombre, trace, fondement : ces trois premiers mots des trois rapports en disent long sur la difficulté d'aborder la question de l'origine, encore qu'un fondement semble moins inquiétant qu'une trace ou qu'une ombre.
Fondement, la terre mère, ce « plancher du monde » comme disaient les Grecs que certains ont si peur de quitter mais qui peut se révéler plus inquiétant que solide : sables mouvants, marais, tremblements de terre, tsunamis, éruptions volcaniques…
L'ombre, la trace évoquent une permanence, un fantôme, une nostalgie, ou tout simplement cette empreinte ineffaçable qu'hommes et femmes, nous avons en commun : tous, nous avons eu, un moment au moins, la tête moulée par le vagin d'une femme. Incontournable et très corporel maternel. Cette première empreinte serait-elle l'annonce du travail qui attend « la personne secourable » face à ce petit être en détresse et inachevé ? Les trois rapports se réfèrent à elle dans un arc qui va de l'action spécifique à « la source première de tous les motifs moraux », de la fonction maternelle au surmoi postœdipien, théoriquement impersonnalisé et double.
Freud1 souligne que « ceux qui transfèrent la conduite du cours du monde à la Providence, à Dieu… nous font soupçonner qu'ils continuent de ressentir ces forces, les plus extérieures et lointaines qui soient comme un couple parental ». un couple, dit-il. Si tous, nous en sommes arrivés là, c'est bien que le pénis d'un homme nous a précédés dans ce passage. Paraphrasant Winnicott