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La rencontre entre d'un côté l'infans en état de désaide et de détresse (Hilflosigkeit) et de l'autre côté le Nebenmensch, « l'être-humain-proche » est tout sauf simple, elle inclut en effet d'emblée la dimension de la tiercéité : telle est la découverte faite par Freud en 1895.
Le Nebenmensch, c'est la personne qui entend de façon adéquate l'appel de l'enfant (la mère bien sûr, mais, au-delà de celle-ci, toute personne exerçant cette fonction) ; il ne doit pas être trop proche : il attend l'autre le temps qu'il faut. Il étaie mais, surtout, il est l'interlocuteur qui accompagne l'infans, celui qui ne sait pas encore parler, dans son acquisition de la parole, du langage et de la compétence intersubjective. À cet égard, il combine les attributions maternelle et paternelle : la rencontre originaire est une double rencontre. A-t-on suffisamment pris en compte cette découverte ? L. Abensour, P. Merot et C. Anzieu-Premmereur citent cette intuition partiellement délaissée dans les textes freudiens ultérieurs.
L'ombre du maternel dit L. Abensour. Le romantisme imprègne les références freudiennes aux déesses mères, à « cet inconnaissable, ce sibyllin qui imprègne notre psyché » (voir son rapport), à un « maternel sauvage », à une dimension mélancolique du rapport à la mère entre amour et haine illustrée par la violence intersubjective du transfert de Virginie. Ici, sans doute, faut-il imaginer que l'« aide extérieure » (Freud) et l'« action spécifique » apportée par la mère recouvrent un contact interpsychique intense dont le destin n'est pas forcément la « non-différenciation » (Abensour). Aussi surprenant cela puisse-t-il paraître, la différenciation doit parfois en passer par une phase d'indifférenciation (c'est ainsi que je comprends la formulation conclusive de L. Abensour : « une matrice qui accueille et donne forme »).