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Dans La promesse de l'aube - livre plus romanesque qu'autobiographique - Romain Gary écrit :
« Avec l'amour maternel, la vie vous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu'à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu'une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont que des condoléances… On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. Je ne dis pas qu'il faille empêcher les mères d'aimer leurs petits. Je dis simplement qu'il vaut mieux que les mères aient encore quelqu'un d'autre à aimer. Si ma mère avait eu un amant, je n'aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine. »
Ce passage, plein de rage, d'humour noir et de passion, rappelle la citation de Freud, dans l'Abrégé (S. Freud, 1940) sur la mère, première soignante et aussitôt séductrice, « objet du premier et du plus puissant des amours, prototype de toutes les relations amoureuses ultérieures ». On y retrouve l'intrication des liens d'étayage et de la séduction érotique, du féminin pur et du maternel sauvage (L. Abensour, 2010), du pulsionnel et de la relation d'objet.
La promesse de l'aube structure le lien intersubjectif entre mère et infans à partir d'un contrat narcissique originaire (P. Castoriadis-Aulagnier, 1975). R. Gary dénonce ici la promesse originaire que toute mère fait à son enfant, et que la vie vient toujours contredire. La promesse est double et réciproque : en retour de l'amour maternel, l'enfant est tenu d'accomplir les « rêves de désirs irréalisés » des parents . Il s'agit de réparer leurs manques narcissiques et leurs déceptions libidinales, sinon leurs traumas et deuils impensables. Gary et Freud, chacun dans leur style, évoquent ainsi l'investissement érotique et narcissique de la mère ; ses effets fondateurs