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L'opposition sein érotique/sein nourricier se retrouve de façon omniprésente dans nos représentations culturelles, le sein oscillant entre le doux globe nourricier d'une vierge allaitante ou les appats érigés d'une Vénus séductrice : si cette opposition porte la marque de la lutte contre les vœux œdipiens, sous le poids de l'interdit de l'inceste, elle permet aussi de mettre à distance la complexité pulsionnelle de la maternité qu'elle réduit dans cette opposition.
Dans l'ombre du maternel, le sein., dans l'ombre des théories analytiques, cet objet premier de l'enfant qui ne semble plus appartenir à la femme/mère qui le lui offre. Caché, obscur, le sein érotique de la mère est du côté de ce maternel sauvage dont Liliane Abensour a su si bien dire les violences, et ainsi désigner « l'effroi suscité par le maternel dans sa sensorialité, sa concrétude : le corps, le sexe de la mère, ses désirs, sa jouissance […] »1. Le sein maternel, à l'instar de ceux des vierges gothiques, égaré dans les plis d'un ample manteau et à distance du corps, paraît objet partiel de l'enfant, il ne semble plus faire parti du corps de la femme devenue mère, il devient le féminin refoulé de nos théorisations sur le maternel.
D'entrée de jeu, Freud avait su dire la part majeure de la sexualité maternelle dans l'éveil de celle de l'enfant et il formula ainsi de façon percutante les enjeux sexuels du maternel :
« L'amour de la mère pour le nourrisson qu'elle allaite et soigne est quelque chose qui a une bien plus grande profondeur que son affection ultérieure pour l'enfant adolescent. Cet amour possède la nature d'une relation amoureuse pleinement satisfaisante, qui comble non seulement tous les désirs psychiques mais aussi tous les besoins corporels […]. S'il
L. Abensour (2010), L'ombre du maternel, Bulletin de la SPP, n° 98, p. 33.
Page 1609représente l'une des formes du bonheur accessible à l'être humain, cela ne provient pas pour la moindre part de la possibilité de satisfaire sans reproche également d