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L'entrecroisement de la vie et de l'œuvre d'Anton Tchekhov, reflété par la lecture minutieuse et réfléchie d'une psychanalyste attentive aux correspondances secrètes entre les expériences vécues et les thèmes et tonalités des pièces de théâtre et des autres écrits, tel est le propos de ce livre. La préface de Gilbert Diatkine souligne la mise en évidence par A. Anargyros de la violence secrète qui infiltre l'œuvre de Tchekhov, mais aussi la façon dont l'auteur procède : sa « pensée court associativement d'une donnée biographique à une pièce, d'une pièce à une nouvelle, d'un conte à un aspect de la société russe prérévolutionnaire, de Tchekhov à Tolstoï puis à Kafka, et il en naît un éclairage nouveau de l'œuvre ».
Les personnages de Tchekhov rêvent leur vie. L'œuvre témoigne de la quête d'une identité dans un univers dépourvu d'idéal. Les désarrois et les incertitudes minent des personnages qui reflètent ainsi une vision désabusée des désordres du monde, voire la fin d'un monde qui se désagrège (La Cerisaie). Même s'il s'en désintéresse explicitement, Tchekhov y fait écho et les correspondances secrètes entre les expériences de sa vie et les thèmes qui traversent ses écrits sont significatifs. Le décalage est troublant entre l'évidente banalité des personnages et des situations et l'émotion mélancolique et douloureuse qui se dégage de l'œuvre. L'analyste y repère des déterminations inconscientes et parfois l'écho d'un passé oublié par l'écrivain lui-même, replaçant dans son contexte de l'abolition récente du servage ce que l'on peut appeler la maltraitance du père de Tchekhov envers le futur écrivain. Tchekhov