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Juan Eduardo Tesone, membre titulaire de la Société psychanalytique de Paris et membre titulaire formateur de l'Association psychanalytique Argentine, a exercé la psychanalyse pendant de nombreuses années en France avant de retourner dans son pays. Son livre montre que « le prénom est le dépôt mouvant d'un mythe familial en suspension qui engage l'enfant. Il est la charpente de sa future identité […]. Dans le prénom, surdéterminé, se condensent, s'entrecroisent les chaînes associatives des rêves d'enfant des parents ».
Parfois, le prénom désigne l'impasse existentielle où la mort et l'inceste ont enfermé le sujet.
Une adolescente anorexique et suicidaire, présentée à Juan E. Tesone dans un service de psychiatrie spécialisé de Buenos Aires, porte le prénom inhabituel de Noelia. C'est son père adoptif qui a choisi ce prénom, plutôt que celui de Déborah, choisi par sa mère biologique juste avant de décéder d'une leucémie diagnostiquée avant sa grossesse. Le père biologique de Noelia est le frère de sa mère adoptive, mais Noelia ne le sait pas. Il conserve un lien étroit avec sa sœur, tenant le père adoptif à distance de ce couple incestuel. Juan E. Tesone pense qu'en choisissant de la nommer Noella, « No-Ella, non-elle », son père adoptif « l'a marquée d'une impossibilité identitaire » qui condense cette situation familiale impossible.
Heureusement, le sujet n'est jamais entièrement déterminé par le désir de ses parents : « Sur l'avant-texte - qui est aussi intertexte - l'enfant viendra graver de son poinçon son propre texte, il viendra faire sien son nom propre. »