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J'ai plaisir à présenter ce livre dont Kostas Nassikas m'a si aimablement proposé de rédiger la préface, car il s'agit d'un texte extrêmement fort et original, placé sous le sceau de Paul Celan qui a risqué et perdu sa vie en voulant écrire des poèmes dans la langue de ses bourreaux et des assassins de ses parents : « Pourtant, mon destin est celui-ci : d'avoir à écrire des poèmes en allemand. »
Parler dans une langue ou dans une autre n'est pas indifférent, car énoncé et énonciation se trouvent dans un rapport dialectique serré qu'il serait vain de vouloir ignorer.
Le pari de Kostas Nassikas, pari difficile mais ô combien stimulant, est de nous faire voir les différentes formes d'implication entre l'exil et la langue : celle-ci peut se trouver exilée à l'intérieur de la langue machinale et désubjectivante d'un parti totalitaire comme cela fut le cas de celui du nazisme; elle peut aussi être un espace d'où quelqu'un se trouve exilé, ce qui a comme conséquence de s'exiler également de la vie, chose qui est arrivée, précisément, à Paul Celan.
Mais la langue peut aussi porter l'exil en elle-même, sous forme d'indicible; on observe cela dans les témoignages des camps de concentration, alors même que les survivants ont pu survivre en résistant dans et par la langue; la langue étrangère peut parfois servir de lieu d'exil pour ceux qui ne peuvent approcher des vécus terrifiants dans leur langue maternelle. Ces implications multiples de la langue et de l'exil prennent des formes particulières dans la