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Tous les auteurs des contributions à ce 22e numéro des Libres Cahiers pour la Psychanalyse insistent : « Sur la prise de possession du feu » est un texte dense, déroutant, associatif, brillant, complexe, opaque, énigmatique, étrange, fascinant, voire même insolent ! Un tel assaut de qualificatifs surprend… Comment donc aborder cet article de quelques pages, écrit en 1932, où Freud reprend l'hypothèse formulée dans Malaise dans la culture selon laquelle la domestication du feu, donc l'ouverture à la civilisation, serait issue du renoncement au plaisir infantile, à tonalité homosexuelle, d'éteindre le feu par son jet d'urine, en s'appuyant sur une magistrale interprétation du mythe de Prométhée ? Peut-être en jouant, si ce n'est avec le feu, du moins avec ce texte quelque peu… atypique !
L'ouverture de Laurence Apfelbaum nous donne à lire la vision des origines de la civilisation proposée par Vitruve au Ier siècle avant J.-C., telle que la rapporte Erwin Panofsky, professeur d'histoire de l'art de Hambourg dans ses Essais d'iconologie en 1939. Ce dernier relève que la pensée classique a généré deux points de vue opposés, le primitivisme positif d'Hésiode, celui d'un « âge d'or » peu à peu corrompu, et le primitivisme négatif représenté par Lucrèce, celui d'un état de nature bestial que transforme pas à pas le progrès intellectuel et technique. Pour Lucrèce, Pline et plus tard Vitruve, c'est l'événement accidentel, l'incendie de forêt, allumé par la foudre ou le frottement des branches, dont l'homme va se saisir. Panofsky, analysant deux cycles du peintre de la Renaissance Piero di Cosimo, montre la coexistence dans cette œuvre d'une vision de l'âge de pierre et de sa bestialité, cohérente avec la perspective de Lucrèce, et une vision centrée sur l'intervention divine de Vulcain ouvrant la voie à la civilisation. Panofsky ordonnançant ces