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Les rapports entre Marx et Freud ont été au centre des débats des années 1960-1970. On voyait en eux (souvent associés à Nietzsche) des analystes critiques débusquant les illusions de tout genre. À cette époque, les lectures de Marx faites par Althusser et le groupe de philosophes qui travaillaient avec lui (Pour Marx, 1967 ; Lire le Capital, 1968) avaient à la fois fait redécouvrir Marx et imposé l'idée d'une « coupure épistémologique » qui aurait séparé radicalement le « jeune Marx » d'avant 1845, encore humaniste, néohégélien et pour tout dire suspect de ne s’être pas libéré de toute sympathie social-démocrate, du vrai Marx, le Marx « scientifique » d'après 1845.
Les textes que nous avons choisis ici appartiennent à ces deux « époques » et l'on verra qu'ils sont aussi décapants l'un que l'autre. Pour le lecteur familier de Freud, bien des analogies sont frappantes. En 1970, La Nouvelle Revue de psychanalyse, dans son numéro consacré aux « Objets du fétichisme », avait proposé un dossier autour du fétichisme de la marchandise, célèbre analyse de Marx dans Le Capital (textes de J. Baudrillard et de M. Godelier).
Mais, à côté du fétichisme, les analyses de Marx mettent en évidence le caractère énigmatique, la « magie » de l'argent, tout en en tentant son analyse rigoureuse (à la fois comme réalité et comme signe) au sein des échanges et de la circulation des marchandises. Ces analyses nous ont semblé témoigner d'une grande résonance avec la méthode et la pensée freudiennes. On ne peut également qu’être frappé par la communauté de culture qui est la leur : certes Freud n'a pas lu comme Marx les économistes anglais (encore que certains ne lui soient pas étrangers), mais Shakespeare et Goethe, pour ne citer qu'eux, constituent le fonds à partir duquel ils élaborent leur conceptualisation respective. Chez l'un comme chez l'autre, la littérature – et les mêmes textes, les