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Le livre de Viviane Chetrit-Vatine soulève des questions très essentielles qu'elle traite à sa manière, surplombant les auteurs sur lesquels elle s'appuie, tout en développant un point de vue original et personnel. Le grand croisement qu'elle propose – entre la séduction et l'éthique, entre Laplanche et Lévinas – peut surprendre au départ, du fait du saut épistémologique qu'il appelle, mais la curiosité l'emporte et la réflexion suscitée ouvre de multiples voies de travail.
Ma première réflexion relève très exactement de cette démarche épistémologique, et reprend une interrogation plus générale : comment accorder un concept philosophique et son application dans la situation analytique ? Comment passer du registre de l'éthique à celui de la méthode ? Comment se saisir des racines et des effets inconscients qui animent le transfert et le contre-transfert ?
Le déploiement de cette problématique, tel que le propose Viviane Chetrit-Vatine, est très séduisant : nous serions confrontés à une situation fondamentale, renvoyant au primitif, aux commencements et à une forme de confiance absolue indispensable à la vie psychique. L'idée d'un espace matriciel, point originaire de la rencontre avec le monde, comporte, à mon avis, une part énigmatique qui peut être interprétée dans deux perspectives : ou bien nous sommes pris dans l'ordre de l'éthique, au sens moral du terme, référence primordiale pour l'exercice de la psychanalyse non seulement comme indice d'une garantie nécessaire à l'infans mais tout autant comme mise à l'épreuve d'interdits majeurs quant à la séduction ; ou bien, nous entendons cet espace matriciel comme un retour aux débuts de la vie, une régression qui place l'analyste comme tenant lieu de mère, de père ou des deux…