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Lorsque l'Histoire avec un grand H rencontre l'histoire personnelle : c'est par une anecdote que commence le livre de Jean-Claude Stoloff. Né en Uruguay d'une famille juive non pratiquante qui a fui le nazisme, Stoloff se voit rattrapé par la religion lorsque, pour la Pâques, ses petits copains uruguayens – il a huit ou neuf ans – veulent le traîner à l'église pour le laver de ses péchés. Ils le considèrent en effet, en tant que juif, comme responsable de la mort du Christ. Près de six décennies plus tard, l'auteur, dont on sait l'intérêt pour la question paternelle86, se penche sur le sujet de l'antisémitisme, de son lien avec elle, ce qui l'amène à revisiter les thèses freudiennes portant sur ce sujet.
Portons-nous tout d'abord vers L'Homme Moïse et le monothéisme (1939 a) et vers ses pages célèbres (pp. 177-185). En résumé, on y lit que :
Le peuple juif avait à gérer un sentiment important de culpabilité. Un sentiment aspécifique en ce que toute éthique de groupe est fondée sur le fantasme du meurtre du père par la horde primitive des fils et par la loi qui en résulte pour gérer la pulsion agressive à l'intérieur du groupe. Un sentiment particulier dans le cas du judaïsme par rapport au fait que les Hébreux, prétend Freud, aient mis, on peut le supposer, Moïse, leur prophète, à mort.
C'est au sein de ce groupe juif qu'apparut un « agitateur politico-religieux», Jésus-Christ, qui fonda sa religion en scission avec la religion juive jusque-là existante. Parmi ses disciples, nous dit Freud, Paul de Tarse s'empara
J.-C. Stoloff, Pourquoi l'antisémitisme ? Et si Freud s'était trompé… Freud, la question paternelle et l'antisémitisme, Paris, Éditions Pascal, 2009.
Voir en particulier son ouvrage, La fonction paternelle (Stoloff, 2007).
de ce sentiment de culpabilité pour le ramener à sa source préhistorique en lui donnant le nom de « péché originel » : un crime avait été commis envers Dieu (en réalité le meurtre du père primitif, ultérieurement déifié) et seule la mort pou