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« Véronique avait de sa propre personne un sentiment vague, fluide, et quand elle se tâtait intérieurement, elle ne trouvait qu'une alternance de formes approximatives et voilées, comme on sent bouger quelque chose sous une couverture sans deviner ce que c'est. » Dans « La tentation de Véronique la tranquille », Robert Musil décrit les étapes d'une métamorphose troublante qui est aussi une nouvelle naissance1.
De l'expérience passagère d'étrangeté aux états confusionnels profonds, les phénomènes de dépersonnalisation dessinent un vaste « spectre », objet de ce numéro de la Rfp, à travers diverses modalités, transitoires et fécondes ou plus durables et inquiétantes. Le lien de ces expériences avec la question de l'identité, le vacillement des limites qui s'y trouve engagé, explique l'intérêt manifesté tant par la littérature que la psychanalyse ou la psychiatrie.
De fait, la dépersonnalisation est au cœur de l'expérience analytique ou autoanalytique : Freud, déjà, l'éprouva en haut de l'Acropole ou en réfléchissant sur le sentiment d'inquiétant familier; Michel de M'Uzan l'a analysée à travers ce qu'il nomme « système paradoxal » ou dans le fonctionnement de cette « chimère psychologique », enfant fabuleux de l'analysé et de l'analyste (La Bouche de l'inconscient, 1978).
L'importance de ces questions dans l'œuvre d'analyste et d'écrivain de Michel de M'Uzan nous a conduits à ouvrir ce volume avec la réédition de « Celui-là », brève fiction qui nous entraîne dans un singulier voyage à travers l'aspérité d'un visage…
Nous avons aussi pensé judicieux d'insérer dans ce numéro sur la dépersonnalisation un dossier sur le prix Maurice Bouvet, dont l'historique est peu ou mal connu.
Enfin, nous proposons ici une nouvelle traduction d'un texte de Melanie Klein sur le sevrage, texte qui, outre sa proximité avec la personnalisation telle que l'entend Winnicott, réunit les modalités sensorielles pour penser l'expérience émotionnelle et le danger du démantèlement.