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Le mouvement de « déterritorialisation » qui anime la psychanalyse et la conduit à s'« exporter » au-delà des limites du monde occidental rencontre notamment l'intérêt croissant de la population chinoise dont certains membres entreprennent des formations dans les instituts dépendants de l'API (Gibeault, 2011). À la base de ce phénomène se pose la question de la pertinence de la psychanalyse hors de l'horizon culturel dans lequel elle a pris naissance. Dans son ouvrage Cinq concepts proposés à la psychanalyse, François Jullien, philosophe et sinologue, s'interroge (interrogation précédemment amorcée sous la forme d'un dialogue avec des psychanalystes en 40) sur les liens possibles entre la pensée chinoise et la psychanalyse. L'originalité de la démarche de l'auteur repose sur le sens de sa trajectoire de pensée. L'enjeu n'est pas de savoir si la pensée psychanalytique est compatible avec la pensée orientale, mais de montrer que la pratique psychanalytique est susceptible de s'appuyer sur la pensée chinoise et sur certains de ses concepts pour trouver sa cohérence.
En effet, selon lui, la psychanalyse n'a pas pris la mesure du bouleversement qu'elle constitue par rapport aux catégories de la rationalité occidentale car le langage psychanalytique continue de se référer aux catégories de cette rationalité. Ainsi, les notions fondamentales de la psychanalyse (l'interprétation, le conflit, l'existence de l'inconscient…), selon François Jullien, trouvent leur origine dans le contexte conceptuel de la pensée occidentale.