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En 1914, Sigmund Freud publie Pour introduire le narcissisme : il s'agit d'introduire dans le champ de la psychanalyse une notion clinique qui circule, en marge de la psychiatrie, chez les « sexologues » de l'époque et, depuis 1909, dans les cercles psychanalytiques, en résonance avec celles d'homosexualité et de psychose. Malgré le grand remous causé par le texte, seul ce numéro du Jahrbuch der Psychoanalyse sera publié du fait de la guerre. De cette notion circonscrite désignant « le comportement par lequel un individu traite son propre corps de la même manière qu'on traite d'ordinaire celui d'un objet sexuel » (Freud, 1914 c, p. 217), il fera un concept psychanalytique dont l'ubiquité et la polysémie seront répétitivement soulignées voire dénoncées, à moins que sa banalisation et son usage indifférencié dans des contextes très variables n'aient contribué à faire l'économie de son extrême complexité (Widlöcher, 2005, p. 77) ? Car cette possibilité d'investissement libidinal du moi lui-même ne manque pas de poser quelques difficultés dans les fondements mêmes de la théorie.
Ainsi, au niveau génétique, et en vertu de l'axiome implicite de la pensée freudienne selon lequel les phénomènes cliniques doivent correspondre à des étapes de l'évolution psychosexuelle, le narcissisme doit trouver une place quelque part entre l'étape autoérotique et l'orientation à proprement parler objectale de la libido : pulsions d'autoconservation - autoérotismes - narcissisme - objectalité. Freud se défend de spéculation théorique et de formulations définitives; il en va de la crédibilité, contre Carl Gustav Jung, d'une « science édifiée sur l'interprétation de l'empirie » dont le fondement est « l'observation seule » (Freud, 1914 c, p. 221) : les faits cliniques, rien que les faits cliniques… Mais jusqu'où ? Le narcissisme primaire de l'enfant reste