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Swift, vieillard, fut admis à l'hospice d'aliénés qu'il avait fondé dans sa jeunesse. On dit que là il se tenait souvent devant une glace, avec la persévérance d'une femme vaine et voluptueuse, mais avec des pensées bien différentes de celles d'une femme. Il se regardait et disait : « Pauvre vieillard ! »
Il y avait une fois un père et un fils. Un fils est comme un miroir où le père se regarde lui-même, et pour le fils, le père est à son tour comme un miroir où il se voit tel qu'il sera plus tard. Pourtant, ils ne se regardaient que rarement ainsi, leur commerce de tous les jours était fait de la gaieté d'une conversation enjouée et animée. Seulement il arrivait parfois que le père s'arrête, le visage triste, en face du fils; il le regardait et disait : « Pauvre enfant, tu vis dans un sourd désespoir. » Il ne fut jamais question de savoir comment il fallait comprendre cela et à quel degré c'était vrai. Le père se croyait responsable de la mélancolie du fils, et le fils croyait que c'était lui qui avait donné naissance à la douleur du père, mais ils n'échangeaient jamais un mot là-dessus.
Alors le père mourut. Et le fils vit, comprit, éprouva bien des aspects différents de la tentation et de l'épreuve, mais une seule chose lui manquait, une seule chose le touchait, c'était cette parole-là, et c'était la voix du père au moment où il la prononçait.
Puis le fils devint à son tour un vieillard; mais comme l'amour crée tout ce qu'il veut, le regret lui apprit, non pas, il est vrai, à arracher quelque renseignement au silence de l'éternité, mais à imiter la voix du père, jusqu'à ce que la ressemblance fût parfaite. Il ne se regarda pas dans un miroir, comme le vieux Swift, car le miroir n'existait plus, mais dans la solitude il trouvait une consolation à écouter la voix de son père dire : pauvre enfant, tu vis dans un sourd désespoir. Car le père était le seul qui l'eût compris et pourtant, il ne savait même pas s'il l'avait compris; et le père était le seul confident qu'il e