You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
En 1982, Jean-Luc Donnet publiait, dans la Nouvelle Revue de psychanalyse un article intitulé « Le psychophobe » dans lequel il décrivait l'état très particulier d'un adolescent de quatorze ans amené à consulter pour des conduites antisociales et dont les troubles du comportement étaient associés à une sorte de fuite devant son propre fonctionnement psychique. Cette inhibition, cette phobie avait une valeur anti-traumatique pour ce jeune patient, ce que l'analyste respectait, au cours des consultations thérapeutiques qui ont été le cadre de ces rencontres, en adoptant des sujets de conversation qui s'éloignaient des thèmes traumatogènes. L'analyste nourrissait des discussions qui tenaient « de la leçon de psychanalyse, de la sagesse des nations et du café du commerce ». Ne pas parler de corde dans la maison d'un pendu est la condition pour qu'un certain plaisir à penser puisse se maintenir.
Phobie donc, mais particulière, du fait qu'elle ne s'accompagnait pas de la projection vers le monde extérieur d'une représentation trop angoissante, ce qui aurait créé un objet phobogène évitable. Une inhibition intellectuelle considérable résultait de cet évitement impossible sinon par la méconnaissance.
Certes, toute phobie implique l'évitement d'une représentation - « inconciliable » dit Freud - projetée sur un objet extérieur, mais son évitement ne nécessite pas la paralysie de l'ensemble du fonctionnement de l'esprit. Nous pourrions ainsi admettre que la projection aurait une valeur protectrice qui maintiendrait une certaine dynamique aux autres événements psychiques.
Évelyne Kestemberg, quelques années plus tard, en 1986 - elle ne cite pas Donnet mais on peut penser qu'elle connaissait son article - évoque la « phobie du fonctionnement mental ». Ce serait sans doute plus précis de dire qu'elle évoque une phobie au plaisir du fonctionnement psychique. Elle donne en fait à cette phobie particulière une place cruciale, je n'ose pas dire centrale, dans la psychopathologie; elle l