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Acte I, Scène I
Londres. Une rue
(Entre Richard, Duc de Gloster, seul.)
GLOSTER.
– Voici l'hiver de notre déplaisir mué en radieux été par ce soleil d'York, et les nuages qui menaçaient notre maison enfouis tous au fin fond des mers. Voici nos tempes ceintes de guirlandes triomphales, nos armées entamées pendues en trophées, nos alertes sévères changées en joyeux raouts, nos marches terrifiantes en mesures exquises. Guerre, ce masque de grimaces, a déridé son front plissé, et voici qu'au lieu de monter des coursiers caparaçonnés pour glacer l'âme d'un ennemi timide, il se démène, il fait le leste dans la chambre d'une maîtresse au son lascif et captieux du luth. Mais moi, qui ne suis pas formé pour les galants ébats ni fait pour courtiser la luxure au miroir, moi le mal équarri, à qui la majesté de l'amour fait défaut pour m'aller pavaner devant une nymphe aux entrechats lubriques, moi qui suis amputé de charmes corporels et floué d'attraits par la cachotière Nature, difforme, inachevé, dépêché avant terme en ce monde où l'on respire, à peine mi-bâti et de si boiteuse et déplaisante manière que les chiens aboient quand je claudique près d'eux; moi donc, en ce débile et roucouleur temps de paix, je n'ai point d'autre plaisir pour tromper le temps que d'épier mon ombre au soleil en chantant des variations sur ma propre difformité. Eh bien, dès lors que je ne puis m'avérer un galant pour filer des beaux jours bonimenteurs, je suis résolu de m'avérer un scélérat et d'exécrer leurs vaines amusettes. J'ai comploté, j'ai posé de perfides jalons par des prédictions d'ivrogne, des libelles, des songeries, pour dresser le Roi et son frère Clarence en mortelle détestation l'un contre l'autre; et si le roi Édouard est aussi franc et droit que je suis rusé, fourbe et traître, ce jour verra Clarence étroitement claquemuré au sujet d'une prophétie qui déclare que G des héritiers d'Édouard sera le meurtrier. Plongez au fond de mon cœur, pensées : voici Clarence.
© 1998, Aubier, Paris1.