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Jetant un regard rétrospectif sur sa vie, il se pourrait qu'un homme se rende compte que presque toutes les relations approfondies qu'il a connues avaient trait à des personnes dont tout le monde admettait le « caractère destructeur ». Un jour, par hasard peut-être, il ferait cette découverte, et plus le choc qu'elle lui causerait serait violent, plus il aurait de chances de parvenir à dresser un portrait du caractère destructeur.
Le caractère destructeur ne connaît qu'un seul mot d'ordre : faire de la place; qu'une seule activité : déblayer. Son besoin d'air frais et d'espace libre est plus fort que toute haine.
Le caractère destructeur est jeune et enjoué. Détruire en effet nous rajeunit, parce que nous effaçons par là les traces de notre âge, et nous réjouit, parce que déblayer signifie pour le destructeur résoudre parfaitement son propre état, voire en extraire la racine carrée. À plus forte raison, on parvient à une telle image apollinienne du destructeur lorsqu'on s'aperçoit à quel point le monde se trouve simplifié dès lors qu'on le considère comme digne de destruction. Tout ce qui existe se trouve ainsi harmonieusement entouré d'un immense ruban. C'est là une vue qui procure au caractère destructeur un spectacle de la plus profonde harmonie.
Le caractère destructeur est toujours d'attaque. Indirectement du moins, c'est la nature qui lui prescrit son rythme; car il doit la devancer. Faute de quoi, elle se chargera elle-même de la destruction.