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C'est avec Baudelaire et sa « forêt de symboles » qui observent l'homme avec des « regards familiers », qu'Alain Gibeault commence un texte qui a toutes les caractéristiques d'un classique : par l'immensité d'un savoir accumulé dans trois cent-cinquante pages particulièrement denses, par la clarté et l'intelligence des commentaires théoriques, par l'exhaustivité de l'exploration proposée, et par le solide ancrage du propos dans la clinique à travers les nombreux traitements psychanalytiques relatés.
Pourtant, et malgré son impressionnante étendue, il serait possible de ramener la recherche exposée dans cet ouvrage à une seule question : qu'est-ce que la symbolisation pour nous, psychanalystes ? Poser le propos de l'ouvrage de cette façon, c'est déjà préciser le fil conducteur qui l'anime : la psychanalyse n'est pas une sorte de parent pauvre des sciences humaines qui quémande aux autres disciplines, philosophie ou linguistique, esthétique ou préhistoire, quelques concepts dont l'adaptation bricolée lui permettrait de vivre sa pensée et sa pratique; la psychanalyse a ses propres concepts et sa propre pratique (incluant la pratique de la théorie). Ainsi de la symbolisation. Le terme existe chez Freud; il possède un sens et une efficacité théorique et pratique en psychanalyse; il fait partie du vocabulaire courant des discours qu'elle développe. L'ouverture vers les autres disciplines n'a d'autre sens que de comparer ce qu'est le symbole en psychanalyse (indépendamment de ces disciplines) avec ce qu'il est, là où il existe (indépendamment de la psychanalyse).