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Il est vain sans doute de dénoncer la vulgarisation de la psychanalyse, en entendant par là un processus qui dissimule la virulence des faits sous la fadeur des concepts, typifie ce qu'il y a d'heureusement voué au disparate, à l’événement, au discordant dans un ensemble en invoquant l'harmonie d'une bonne forme, intègre la contingence, les allers et retours, les coupures d'une histoire singulière dans le devenir d'une maturation psycho-biologique, efface ce qu'il y a d'irréductible dans le conflit par un souci normatif qui postule d'emblée le triomphe de la synthèse au-delà de la négation douloureuse, enfin - critique qui englobe toutes les précédentes - cherche à réduire à un appareil et à des mécanismes objectivés, une relation intersubjective, un mouvement d'accès à la vérité.
Si de telles critiques paraissent vaines, c'est que la psychanalyse ne saurait échapper à cette diffusion. Elle a désormais ce qu'on appelle sa « représentation sociale »; nos idées, nos mœurs, notre langage l'attestent. Elle s'implante dans des institutions. Plus qu'une théorie qui aurait réussi à se vulgariser mieux qu'une autre, la psychanalyse qui fut d'emblée une praxis est en train de devenir quelque chose comme un mythe collectif. Conséquence pour l'analyste : au moins savoir la place qu'il occupe dans ce mythe, et si possible ne pas faire sienne la fonction dont on l'investit.