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Paris, le 7 mai 1994
Oui, chère Sarah, j'ai été touché - et même très ému de lire cette autobiographie. Il y a bien longtemps, un soir, revenant de la présentation de malades dans le XIIIe arrt vous m'aviez confié le souvenir de l'arrestation de votre père. C’était, à coup sûr, tragique et suffisamment traumatique pour que vous en soyiez marquée à vie. J'ignorais tout en revanche de la suite qui, à vous lire, m'a paru aussi bien importante. Ce sont surtout les premiers temps de l'occupation qui m'ont bouleversé. Je vous imaginais petite fille fréquentant des lieux que j'ai connus (un oncle de Muguette habitait rue Doudeauville; ma femme actuelle a eu un appartement rue Lamarck et j'ai donc un peu connu la rue Ordener; Laurent habite rue des Cloys dans le même quartier etc.) tourmentée par l'angoisse, risquant mille périls. J'ai admiré votre courage, votre intelligence aiguë et surtout, tout au long, votre vitalité qui vous a permis de toujours reprendre le dessus par la suite. Ce que vous m'avez appris de votre angoisse de séparation m'a irrésistiblement fait penser à la façon dont vous avez vécu si péniblement vos infortunes sentimentales au début de nos relations.