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De la grande crise maniaque aux petites manies au sens commun du terme, aux nympho-, klepto-, toxico- et autres manies addictives, la manie est un terme polysémique et son champ est large, des théories grecques de l'humeur à tout le corpus psychiatrique traditionnel. Certes, l'humeur n'est pas une notion psychanalytique et Freud n'a pas fait à la manie la part aussi belle qu'à la mélancolie ou la paranoïa. Est-ce la raison de son relatif délaissement actuel par les psychanalystes ? Pourtant, les « troubles bipolaires » sont à la mode1. Le thème touche-t-il alors à un point si consubstantiel de nos fonctionnements sociaux, culturels et professionnels qu'il serait difficile de s'en décaler ? Il désignerait le pulsionnel par excellence, l'irrépressible et le non raisonnable.
Mais, de la mania platonicienne à l'hyperthymie des troubles bipolaires, une filiation n'est-elle pas repérable ? Comme le rappelle Jackie Pigeaud, le champ sémantique de la folie est réglé par l'histoire de la médecine : « les fondateurs de l'objet “psychiatrie” étaient des philologues et des médecins. Ce qui n'était autrefois qu'un seul acte de compréhension est devenu bi-face2. »
Ce numéro de la Rfp s'interroge sur cette filiation et sur les débordements de la « folie » maniaque. Nous avons choisi, dans cette optique, de republier un extrait des développements qu'Augustin Jeanneau avait proposés en 1980. De l'accès maniaque, au plus près de la clinique psychiatrique, en passant par l'insupportable annihilation contre-transférentielle face à l'enfant maniaque, les auteurs nous conduisent aux confins cliniques de la manie - exaltations, fuites en avant, humour; mais aussi à ses paradoxes théoriques. Ainsi, du point de vue métapsychologique, l'amour maniaque, excès de liaison entre moi et objet tirerait-il son énergie de la pulsion de mort ? Et du point de vue historique et linguistique, équilibre et tempérance - Besonnenheit et sophrosyne - voisineraient de très près avec manie.
Les recherches publié