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« Princesse je ne vous parle pas de la guerre. Je l'ai hélas assimilée si complètement que je ne peux pas l'isoler, je ne peux pas plus parler des espérances et des craintes qu'elle m'inspire qu'on ne peut parler des sentiments qu'on éprouve si profondément qu'on ne les distingue pas de soi-même. Elle est moins pour moi un objet (au sens philosophique du mot) qu'une substance interposée entre moi-même et les objets. Comme on aimait en Dieu, je vis dans la guerre. (Vous savez ces névralgies qu'on ne cesse pas de sentir pendant qu'on parle d'autre chose, même pendant qu'on dort.) »
Heureux Grecs de l'époque classique : la guerre leur était naturelle et nécessaire; elle était consubstantielle au politique; elle était pour le citoyen l'occasion de la « belle mort » célébrée par Périclès. Mais à condition - dit-on généralement - d'exclure de la guerre (polemos) la discorde interne, cette stasis perçue à la fois comme un fléau s'abattant sur la cité et comme un des maux attachés à la condition de l'homme.
À l'époque moderne, les guerres peuvent-elles encore être circonscrites ? De la Première Guerre mondiale, cette guerre que Proust ne cesse de sentir partout présente, même pendant le sommeil, Freud souligne, dès 1915, la profonde désillusion dont elle est cause pour la culture, ce dont elle nous dépouille, peut-être définitivement. Le découragement croissant de Freud face à la fragilité des idéaux ne l'empêche pas de chercher à comprendre « pourquoi la guerre », comme Einstein le lui demande à la fin de l'année 1932. Le moins qu'on puisse dire à l'heure où nous sommes est que son appel à une « dictature de la raison » reste un vœu bien incertain et la paix un horizon lointain.
Nous avons voulu, avec ce numéro, relancer la question freudienne, sans pouvoir y répondre bien entendu3. Car, sans doute, a-t-on toujours plus à dire avec les façons dont on réagit à la guerre qu'avec ses « raisons ». Face à toutes ces guerres si pr