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Il ne s'agit pas […] d'éliminer totalement le penchant à l'agression chez l'homme; on peut tenter de le dévier suffisamment pour qu'il n'ait pas à trouver son expression dans la guerre.
Avec « Pourquoi la guerre ? » Freud répond à la sollicitation d'Albert Einstein de contribuer à une démarche initiée par la Société des Nations dans l'espoir de préserver la paix face à la menace d'un nouveau conflit mondial. Le texte de 1933 témoigne de l'oscillation entre son volontarisme rationaliste, reflété par la démarche de dialogue entre intellectuels, et sa lucidité désabusée lorsqu'il s'interroge sur la pertinence même de la question ou qu'il parle à Eitington d'une « soi-disant discussion avec Einstein ennuyeuse et stérile ».
Dès 1915, dans « Actuelles sur la guerre et la mort », Freud soulignait la désillusion que ce conflit mondial provoquait sur les idéaux de la culture, tout en lui reconnaissant la vertu de perturber notre rapport à la mort, rapport qui jusqu'alors manquait de franchise du fait du déni de la mort dans l'inconscient. Dans ce texte fort, Freud évoque combien les peuples « obéissent, pour l'instant, beaucoup plus à leur passion qu'à leurs intérêts. Tout au plus se servent-ils des intérêts pour rationaliser leur passion » (1915b, p. 143). Si la « rage aveugle », la haine « entre les peuples même les plus civilisés » reste une énigme, il tente de saisir les mécanismes individuels et groupaux à l'œuvre; il place au cœur des processus en jeu les motions pulsionnelles « en soi ni bonnes ni mauvaises » et leur transformation sous l'influence de facteurs externes,