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Brusquement, ma mère nous faisait taire. […]
Maman cherchait un mot. Tout s'arrêtait soudain.
Éperdue, lointaine, elle essayait, l'œil fixé sur rien, étincelant, de faire venir à elle dans le silence le mot qu'elle avait sur le bout de la langue.
Nous étions nous-mêmes sur le bord de ses lèvres […]. Et son visage s'épanouissait. Elle le retrouvait : elle le prononçait comme une merveille.
C'est une merveille.
La mythologie de la Grèce archaïque figure la mémoire sous les traits de la divinité Mnémosyne. Elle aurait inventé les mots pour nommer chaque chose. Nommer, célébrer, représenter et sauver ainsi de l'oubli.
Il n'est en rien excessif de considérer la mémoire, jamais saisie par Freud dans une théorie générale qui en abraserait la complexité, comme l'un des paradigmes par excellence de la théorie et de la cure psychanalytique. La mémoire se trouve condenser non seulement les liens aux traces mnésiques individuelles, à celles transgénérationnelles et phylogénétiques, mais aussi aux réminiscences, au souvenir, au refoulement, à l'inconscient, à l'amnésie et au rêve, sans oublier son articulation à une temporalité structurée par l'après-coup.