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Un peu plus de cent ans après Totem et Tabou (1912-1913a), Gérard Lucas propose un parcours très documenté sur les réactions des ethnologues et des anthropologues sur les thèses de Freud. Totem et Tabou, est d'abord paru en quatre essais séparés dans la revue Imago, puis en entier en 1912-1913, ensuite à New York en 1918 et à Londres en 1919. À partir d'une enquête bibliographique approfondie, trois périodes historiques sont distinguées : au décours de la Première Guerre mondiale, des années vingt à la Seconde Guerre mondiale, et, enfin, après la Seconde Guerre mondiale. À chaque étape, Lucas étudie, avec une grande acuité critique, l'influence ou l'absence de référence aux idées audacieuses de Freud. Celui-ci proposait un renouvellement assez radical de la perspective en référence à l'inconscient et dans l'ambition de décrire le grand événement par lequel la civilisation aurait débuté, mais il ne prétendait à aucune exclusivité. Alors que les faits de totémisme avaient suscité un grand intérêt avant la guerre de 1914-1918, un déclin spectaculaire lui fait suite des années vingt à la Seconde Guerre mondiale. Lucas donne une interprétation de ce déclin : « Si, après tout, pour ce groupe de professionnels, les luttes pour le pouvoir, les modes d'expression de la violence, l'agressivité, paraissent des sujets de peu d'intérêt, ou plus vraisemblablement sont même l'objet d'une sorte d'évitement collectif, comment ne pas le comprendre, en particulier durant cette période… » Mais l'intervention de Freud dans ce domaine « ne s'est-elle pas aussi, pour eux, implicitement chargée de significations susceptibles de