You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Il importe de dire ce qu'est l'endormissement. Ce n'est ni s'assoupir, ni tomber de fatigue, l'un et l'autre phénomènes demeurant sous l'entière domination du corps, mais à la lettre s'endormir, c'est-à-dire se disposer à dormir, prendre son temps en ayant soin d'arranger autour de soi son petit monde. Ce n'est pas tant le sommeil qui est recherché dans un premier temps que la promesse d'une paix que l'on sent monter du dedans, dont on veut hâter l'avènement par tout un ensemble de comportements éprouvés.
L'endormissement est un moment désiré pour lui-même, il se prépare de longue main, bien avant que l'heure ne soit venue d'aller se mettre au lit. Une tisane, un bon livre, certains soins d'hygiène corporelle dont la répétition installe une éternité tranquille dans notre univers domestique. Il n'y a guère autre chose dans ces ritournelles d'usage que la transposition dans le monde adulte des berceuses de notre enfance. L'assoupissement qui suit l'acte amoureux n'est pas à proprement parler un endormissement car il est parcouru des spasmes atténués de la sensation voluptueuse ; le plus léger frôlement du corps aimé suffit à nous ramener de ce côté-ci du monde. Si s'endormir est toujours un plaisir, il ne s'en trouve guère de plus innocents. Au point qu'il y a lieu de se demander si ce phénomène ne rendrait pas raison, dans nos profondeurs, d'un vital besoin d'innocence, sans la satisfaction duquel la vie ne serait plus supportable.
Peut-on s'endormir sur un vilain mensonge, une honte, un scrupule ? C'est une chose dont je me sens incapable : je tomberais plutôt de sommeil