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Une scène célèbre de Ninotchka, le film-culte d'Ernst Lubitsch, montre le seul plan où l'on voit rire Greta Garbo : alors que son partenaire essaie de la faire rire en lui racontant des blagues qui la laissent de glace, il bascule en arrière et tombe de sa chaise, déchaînant le fameux rire de la divine. Comme le disait Molière, « c'est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens ». Entreprise si dérangeante qu'on peut, comme les dessinateurs de Charlie Hebdo, mourir d'avoir voulu faire rire1.
De quoi rit-on ? Pourquoi rit-on ? Comment comprendre la force communicative du rire ? Quelle est sa nature, ou plutôt ses différentes natures, puisque chaque âge, chaque sexe a un rire spécifique qui se décline en éclats de rire, fous rires, rire étouffé ou franc, grivois ou clair… Si les philosophes et les écrivains, des présocratiques à Bergson et Nietzsche, se sont penchés sur la question, faisant du rire à la fois le propre de l'homme et une arme subversive, le psychanalyste a-t-il quelque chose de spécifique à en dire ? Freud, et les analystes à sa suite, ont plutôt traité de l'humour que du rire, même si la nature de décharge de ce dernier peut expliquer le plaisir qu'il procure.
En général, on ne rit pas beaucoup pendant les séances d'analyse, le rire partagé est souvent assimilé à une séduction, sauf dans les cures d'enfant où le rire (mais aussi son absence) tient une place spécifique. Mais la clinique se penche aussi sur le rire du maniaque, sur la proximité du rire avec les larmes, avec la peur, l'effroi, le deuil ou la mort, sur la cruauté du rire. Le rire lie ou délie. Défensif ou non, il marque un écart, il est souvent l'expression d'un sentiment double, à l'exception peut-être de certains rires d'enfants.
Interrogé sur le son qu'il préférait, le chef d'orchestre Simon Rattle répondait : « le rire de mes enfants ».