You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
« Quelle jouissance de l'œil, et quel rire que le rire édenté du vieux lion Rembrandt, la tête coiffée d'un linge, la palette à la main2 »
Autour de 1662 (ou peut-être en ), Rembrandt se peint une fois encore3. Il n'a pas soixante ans. Cet autoportrait n'est pas le dernier - qui date de 1669, l'année de sa mort - mais l'un des derniers. Rembrandt se représente en Zeuxis. Une sorte de châle est jeté sur ses épaules, il porte sur la tête un bonnet blanc de peintre et il est au travail : un chevalet devant lui, le bras armé d'un pinceau. Sur le bord en haut à gauche, presque indiscernable dans l'ombre, l'avancée d'un autre visage, au menton en galoche et au nez insistant. En rapprochant ce tableau de celui de l'un de ses élèves, Arent de Gelger, auteur lui aussi en 1685 d'un Autoportrait en Zeuxis, on peut faire l'hypothèse que ce profil est celui de la vieille femme que le peintre - comme Zeuxis - est en train de représenter (Edwin Buijsen, Peter Schatborn, Ben Broos, 1999, Catalogue n° 82, p. 216-218).
Dans cet autoportrait, toute la lumière éclaire le visage de Rembrandt, son front, son étole. Comme le chevalet, la vieille femme est dans l'ombre, presque invisible. Mais Rembrandt est lui-même cette vieille femme non moins qu'il est Zeuxis. Goguenard et complice, celui que Van Gogh nomme « le vieux lion » prend le spectateur à témoin de ces rencontres et de ces échanges.
Presque tout ce que nous savons des peintres grecs illustres, comme Zeuxis ou Apelle, est rapporté par Pline l'Ancien au premier siècle avant J.-C. Toute l'histoire de la peinture se réfère volontiers à ces peintres, contemporains d'Aristote et d'Alexandre le Grand, « qui firent parvenir à une grande