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Malaise dans la culture ou dans la civilisation ? Les traducteurs de Das Unbehagen in der Kultur hésitent : Ch. et J. Odier optent en 1934 pour « civilisation », les Œuvres complètes et l'équipe de Laplanche pour « culture » (1994), tout comme B. Lortholary (2010), mais, toujours en 2010, A. Weill ou M. Crépon et M. de Launay reviennent à « civilisation ».
La question de traduction pose celle du sens que l'on donne à la « Kultur », ainsi saisie par la psychanalyse. Car si l'allemand dispose du terme de Zivilisation, ce dernier est assez peu employé par Freud qui ne sépare pas culture et civilisation. Au début de L'Avenir d'une illusion, il définit la « culture » (die Kultur) à la fois comme ce qui englobe le savoir et le savoir-faire que les hommes ont acquis pour dominer la nature, et comme ce qui règle les relations des hommes entre eux. Si l'on suit Norbert Elias (La Civilisation des mœurs, 1939), les différences des sociétés française et allemande, celles des langues et des traditions imposeraient alors plutôt de parler, en français, de civilisation en ayant à l'esprit le processus et les valeurs qui lui sont associés depuis les Lumières. Mais le terme de civilisation est peut-être trop lié à l'Occident ? Il arrive, en effet, à Lévi-Strauss de parler de « la » civilisation - celle que l'on dit mondiale et que nous savons si fragile, et mortelle comme les autres - mais ce sont les cultures dont il souligne la diversité et la pluralité, et c'est la culture qu'il oppose à la nature pour déterminer ce qui relève de la règle ou de l'universel. De l'anthropologie et de l'évolution de la langue sous l'influence des auteurs allemands vient sans doute la généralisation du terme de culture (Laplanche, Traduire Freud, Puf, 1989). Car résonne aussi en lui le constat fait par Walter Benjamin en 1940, dans ses réflexions Sur le concept d'histoire : « Il n'est pas de témoignage de culture qui ne soit en même temps un témoignage de barbarie. » N'est-ce pas à cet apparent paradox