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Dans l'entretien « Une vie psychique est une vie dans le temps », Julia Kristeva revient sur ce qu'elle doit à Ilse Barande, à ses écrits comme à son écoute d'analyste. Née en Allemagne en 1928, décédée en juillet 2012, Ilse Barande a beaucoup écrit, notamment sur le maternel, l'adolescence et les idéaux. Un certain nombre de ses écrits sont réunis dans son livre L'Appétit d'excitation (Puf, 2009). Elle a traduit Freud, Ferenczi et surtout l'œuvre de Karl Abraham en français. C'est en pensant à son acuité clinique, à son attention aux mots, à la musique et aux inflexions des langues - que soulignent tous ceux qui l'ont connue - que nous avons choisi de republier son texte : « Le contre-transfert est informé par la vocalisation », initialement publié dans la Revue française de psychanalyse en 1976. Ilse Brande dirigea la Rfp de 1984 à 1988 en collaboration avec Claude Girard, Marie-Lise Roux, Henri Vermorel.
Les caractéristiques de la parole de l'analysant creusent le lit d'une perception souvent ignorée d'elle-même. Elle n'en est pas moins agissante, forme d'un contre-transfert au long cours. Mélodies, séquences, ruptures se silhouetteront peu à peu, ne délivrant leur pleine signification qu'en fin de parcours, parfois à l'occasion de leurs variations. Ces aspects ont une grande importance pour composer notre audition, nous muer en mélomanes de la prose parlée, informer notre sensibilité, instruire nos soupçons, nuancer nos certitudes. Un musicologue peut-être disposerait de la langue susceptible de désigner les phénomènes en question ; mais en l'absence du pianiste des Verdurin auquel la demander, la petite phrase de Vinteuil9 est d'apparition capricieuse, sujette aux inflexions de la seule tradition orale, histoire d'une histoire.